Barbara Crane Navarro : « L’objectif de mes films, projets d’installation et livres pour enfants est d’attirer l’attention sur la forêt tropicale et les questions autochtones ».


Femme Yanomami en train de peindre le visage de sa fille avec de l’achiote
Deux hommes Yanomami et leurs peintures corporelles avec du charbon
Yanomami avec des peintures faites à base de Genipa

Dès 1978, Barbara Crane Navarro vit à Paris et exerce ses talents d’artiste-peintre. Depuis plusieurs décennies, elle crée des œuvres « inspirées par le temps passé avec les communautés Yanomami au Venezuela et au Brésil pendant les mois d’hiver ». Voyager sur les fleuves d’Amazonie et vivre avec les Yanomami l’a amené à adopter de nouvelles techniques de peinture comme lorsqu’elle était au Mali auprès des Dogon, où elle s’est inspirée dans ses créations de la technique Bogolan. Vivre aux côtés des communautés indigènes Yanomami l’a une fois de plus profondément marqué dans son approche artistique. Elle peint sur une toile tissée préparée avec de l’acrylique puis texturée avec un mélange de sable de la rive du fleuve. Dans la lignée de la tradition Yanomami, elle a recours ensuite à une peinture naturelle obtenue à l’aide d’un mélange de couleurs parfois issues d’extraits d’Achiote, un pigment rouge. Elle emploie également le Genipa, un autre colorant végétal utilisé par les Yanomami, ainsi que du charbon de bois écrasé, pour peindre leur corps. Les Yanomami utilisent aussi le colorant d’Achiote et du Genipa, pour décorer des outils chamaniques et des objets de la vie quotidienne.

Comme en témoigne l’ensemble de ses œuvres d’art, l’influence des rites chamaniques Yanomami est palpable dans ses créations. Et sa ferveur pour la cause environnementale est devenue de plus en plus évidente à mesure de ses rencontres : « Ma préoccupation pour la dévastation continue de la forêt amazonienne et la dégradation de la vie des peuples autochtones a profondément influencé mes œuvres. L’objectif de mes films, projets d’installation et livres pour enfants est d’attirer l’attention sur la forêt tropicale et les questions autochtones. Vivre parmi les Yanomami m’a inspiré pour écrire une série de livres d’aventures fantastiques pour enfants en anglais, français et espagnol ». Dans ses histoires, le mode de vie, les rituels et les traditions des Yanomami sans oublier le lien extraordinaire qu’ils ont avec la nature qui les entoure dans la forêt tropicale sont des points centraux. La portée fantastique de ses livres implique des transformations chamaniques magiques et des voyages d’initiation.

Dans son blog, l’artiste engagée cite Davi Kopenawa, porte-parole des Yanomami au Brésil. Il écrit ainsi dans son livre La chute du ciel : « Les chamans Yanomami qui combattent l’épidémie de xawara voient l’image de la maladie apparaître sous la forme de bandes de tissu écarlate. L’épidémie de xawara approche et sa fumée est rougeoyante ! Il fait du ciel un fantôme et dévore tous les êtres humains sur son passage ! Il doit être chassé ! ». Un écho à sa rencontre des chamans de la région du Haut-Orénoque en Amazonie qui informe Barbara, dans leur langue, d’une fumée d’or : « oru a wakëxi ». Quelque temps après, elle érige une sculpture totémique inspirée de ces paroles de chaman : « En rêvant dans mon hamac dans le shabono Yanomami, j’ai vu la sculpture totémique que je créerais plus tard à mon retour à Paris. Dans un autre rêve, j’ai vu ma sculpture brûler ». Selon elle, les mineurs d’or, bûcherons, éleveurs et pétroliers convoitent les territoires autochtones et n’hésitent pas à détruire la forêt et à polluer les rivières pour en extraire des ressources à des fins lucratives ou pour tuer quiconque se trouve sur leur chemin.

Les gardiens de la forêt amazonienne sont aussi des cibles favorites alors même qu’ils sont indispensables à la protection de l’Amazonie et se font tuer à tour de rôle. Afin de protester contre cette destruction aggravée des forêts et la contamination des rivières par les mines d’or, l’extraction de pétrole ou encore par ces bûcherons et ces éleveurs, Barbara décide de brûler publiquement des sculptures totémiques depuis 2005 : « Ces sculptures en feu symbolisent les efforts des chamans Yanomami pour empêcher la mort de la nature et l’anéantissement des cultures indigènes qui dépendent de la forêt pour leur survie ». Un geste frappant qui se veut à la hauteur de la peur ressentie par ces peuples indigènes. Une peur grandissante face à la menace de ce feu symbolique incontrôlable qui pourrait dévorer leurs traditions et n’y laisser plus que des cendres : « Les Yanomami sont très inquiets qu’on continue, nous autres, à vivre toujours de la même manière, inconscients des ravages qu’on fait chez eux et ailleurs ».

Dans l’exposition collective « Pas de Cartier », qui sera prolongée jusqu’à l’automne, elle évoque comment Cartier utilise les arbres et les peuples Yanomami dans le but de détourner l’attention du public sur leur complicité dans la vente d’or, de diamants et d’autre objets de luxe, extraits en détruisant les forêts et en empoisonnant l’environnement. Son attention se concentre actuellement sur la dénonciation de ces abus commis par les entreprises et les industries qui contribuent à la destruction de l’Amazonie, « en particulier l’industrie de l’or et du diamant, fondamentalement sans valeur ». Elle s’efforce « d’aider les consommateurs à comprendre que les bijoux en or et en diamant sont une obsession abjecte et mortelle qui s’est déguisée en tradition ».

Barbara Crane Navarro alerte donc également sur la participation de tout un chacun dans la destruction de l’Amazonie de manière indirecte : « Tant que nous on achète, ça va continuer. On consomme beaucoup de produits directement importés d’Amazonie ». Elle croit en un changement pouvant venir des habitudes des consommateurs eux-mêmes : « Je pense que s’adresser directement aux consommateurs pourrait être plus efficace que de demander aux gouvernements un changement de politique, comme c’est souvent la stratégie des organisations autochtones et des ONG ». L’influence des entreprises est, pour elle, omniprésente et les gains économiques trop attrayants pour les gouvernements en Amérique Latine et ailleurs : « On ne peut pas leur faire confiance pour agir dans l’intérêt de la biosphère ou des populations autochtones ».Autre menace pour les peuples autochtones, en plus de l’appétit infini des multinationales, leur vulnérabilité face au COVID et à tout type de maladie étrangère à leur communauté :  « Je dénonce aussi le problème des missionnaires dans mon blog. Il suffit d’une personne malade pour contaminer tout un village. Chez les peuples indigènes, tout le monde partage tout. Ces problèmes sont particulièrement urgents car les mineurs d’or et d’autres étrangers propagent le coronavirus dans les populations autochtones vulnérables et beaucoup sont en train de mourir ». Les gardiens de la forêt amazonienne sont aussi des cibles favorites alors même qu’ils sont indispensables à la protection de l’Amazonie. Et ils se font tuer à tour de rôle.

Colombus Gold/DR

D’après Barbara, de nombreux gouvernements et corporations n’ont pas du tout pour projet de sauver l’Amazonie, malgré leur affirmation du contraire. Le gouvernement brésilien, d’abord, favorise l’exploitation des ressources naturelles et donc la destruction de l’Amazonie : « Le ministre de l’environnement Sales a carrément dit que maintenant on peut délibérément piller l’Amazonie car les gens sont distraits par la crise sanitaire du Covid ». Et, parfois, c’est la même rengaine dans certains colloques internationaux sur l’environnement, contre toute attente : « Moi et mon mari, on est allé dans un colloque sur l’Arctique au Sénat et on a été choqué du peu d’égard vis-à-vis des problèmes écologiques ». La France n’est pas en reste : c’est ce qu’elle signale en soulignant que la France persiste à embrouiller les discussions sur le projet « Montagne d’or » relancé depuis le 24 décembre 2020. Le tribunal administratif de Cayenne, en Guyane, a enjoint à l’Etat de prolonger la concession de ce projet minier controversé, alors rejeté par le gouvernement en 2019. Pour couronner le tout, celui-ci se déplace géographiquement et change de nom : il s’appelle désormais, ironiquement, « Espérance », un désastre écologique à venir.

Pour plus d’informations sur l’art de Barbara : http://www.barbaranavarro.com

http://www.barbara-navarro.com

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